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TRIP de printemps 2026 - Discours d'Anne Le Hénanff, Ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique

13/05/2026

"Seul le prononcé fait foi"

Monsieur le Président, cher Patrick,

Madame la Présidente de l’Arcep, chère Laure,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les opérateurs et acteurs du numérique,
Chers amis,

C’est un plaisir d’être parmi vous aujourd’hui pour ce TRIP de l’Avicca, qui a cette année une saveur particulière puisque nous célébrons les 40 ans de votre association.

Quarante ans, dans le numérique, c’est presque une épopée.

À l’échelle de ce secteur, cela représente plusieurs vies technologiques : du Minitel à l’intelligence artificielle, du modem qui sifflait dans nos salons à la fibre gigabit, des premiers réseaux mobiles aux usages numériques désormais omniprésents dans nos vies quotidiennes.

Et finalement, le thème choisi cette année — « Contes et légendes » — est particulièrement bien trouvé.

Car le numérique a toujours été traversé par ses mythes : la promesse d’un monde instantanément connecté, l’idée que la technologie réglerait tout d’elle-même, ou encore la crainte inverse d’un progrès subi plutôt que choisi.

Parce qu’il faut se souvenir d’où nous venons.

Il y a encore quelques années, certains considéraient que les territoires ruraux resteraient durablement à l’écart des grandes infrastructures numériques.

Cette fracture numérique était parfois présentée comme une fatalité.

Et pourtant, grâce à la mobilisation des collectivités, des opérateurs, de l’État, mais aussi grâce à votre capacité à fédérer et à convaincre, la France est aujourd’hui regardée comme un exemple en Europe pour la qualité et l’ambition de ses infrastructures numériques.

Près de 95 % des Français sont aujourd’hui éligibles à la fibre.

Et je veux le dire particulièrement : les réseaux d’initiative publique portés par les collectivités ont accompli un travail remarquable.

Félicitations aux preux chevaliers du FttH !

Mais nous le savons tous : nous entrons désormais dans une nouvelle phase.

Le temps des grands déploiements laisse progressivement place au temps des transitions, de la pérennité et de la souveraineté.

La première de ces transitions, c’est évidemment celle de l’extinction des anciens réseaux : le cuivre, la 2G et la 3G.

Là aussi, certains pourraient croire qu’il s’agit simplement d’un sujet technique.

Ce serait une erreur.

Derrière ces fermetures de réseaux, il y a des usages quotidiens, des entreprises, des personnes âgées, des équipements critiques, des collectivités, parfois des inquiétudes très concrètes.

C’est pourquoi j’ai tenu à aller sur le terrain pour écouter les élus et accompagner cette transition au plus près des réalités locales.

J’ai eu l’occasion d’échanger avec les élus lors de réunions publiques à Vermelles, dans le Nord, à Pouyastruc, dans les Hautes-Pyrénées, et je me rendrai bientôt à Nançay, dans le Cher.

Ces déplacements me sont chers

Parce qu’ils me permettent de recueillir la parole des élus, d’identifier ce qui fonctionne, mais aussi ce qui doit être amélioré — notamment en matière de communication et d’accompagnement.

L’État doit être présent.

C’est le sens de la circulaire publiée début mars avec François GATEL à destination des préfectures, afin que l’extinction de la 2G/3G et la fermeture du cuivre soient systématiquement traités dans les comités départementaux de concertation, avec une vigilance particulière sur les sites sensibles.

Pour accompagner les élus dans la fermeture du cuivre, vous connaissez désormais le site treshautdebit.gouv.fr, qui met à disposition des supports de communication prêts à l’emploi.

Concernant la fin de la 2G et de la 3G, la DGE et l’ANCT ont également diffusé une plaquette d’information. J’ai demandé à ce qu’elle soit relayée largement via FranceNum, les réseaux France Services et les chambres consulaires.

Et pour garantir que personne ne soit laissé de côté, nous avons pris plusieurs décisions importantes.

D’abord, l’Arcep a lancé en fin d’année dernière un observatoire de suivi de la transition 2G/3G. Des retours d’expérience sont réalisés sur les premières plaques d’extinction. Cela a été le cas à La Réunion.

Ensuite, nous avons décidé en mars d’étendre le dispositif de prise en charge des raccordements complexes à la fibre, afin que toutes les personnes confrontées à des travaux puissent être accompagnées, sous conditions de ressources, quel que soit leur lieu d’habitation – ainsi que les TPE.

Je compte sur vous pour faire connaître largement ce dispositif.

Au-delà de ces transitions, nous devons aussi finaliser les déploiements.

Notre objectif reste clair : amener la fibre partout où le cuivre est allé.

Cela suppose de poursuivre les efforts, notamment dans certaines zones denses où les difficultés demeurent parfois importantes.

Sur le mobile également, une nouvelle étape s’ouvre avec les discussions autour des réattributions de fréquences.

Ma méthode sera simple : transparence, concertation et clarté sur les priorités.

Je reviendrai prochainement vers les élus pour partager ces orientations et recueillir les besoins des territoires.

Et maintenant que nos réseaux arrivent à maturité, une nouvelle opportunité s’ouvre à nous : celle de l’exportation de notre savoir-faire.

Lors de mon déplacement au Maroc au GITEX Africa notamment, j’ai pu mesurer combien l’expertise française en matière de fibre et de réseaux mobiles était reconnue.

Vous pouvez compter sur mon soutien, en France comme à l’international, pour accompagner cette dynamique. 

Car nous pouvons être fiers de notre savoir-faire, qui fait aujourd’hui de la France l’un des pays européens les mieux couverts en fixe comme en mobile.

Mais déployer des réseaux ne suffit pas.

Encore faut-il garantir leur pérennité.

Je sais que la question de l’équilibre économique des réseaux d’initiative publique est aujourd’hui une préoccupation majeure pour nombre d’entre vous.

Je veux saluer ici le travail de Patrick CHAIZE, qui a permis de porter ce sujet dans le débat public et au Sénat.

Nous partageons le constat : plusieurs collectivités et opérateurs d’infrastructures font face à des tensions financières importantes, liées notamment à des coûts d’exploitation et de réinvestissement plus élevés qu’anticipé.

Nous devons regarder cette situation avec lucidité et responsabilité.

Oui, des ajustements tarifaires peuvent être nécessaires.

Mais tous les surcoûts ne peuvent pas être considérés comme légitimes.

Certains relèvent aussi de choix économiques ou techniques initiaux qui ne sauraient être automatiquement compensés par la puissance publique.

C’est précisément pour objectiver ces débats que l’Arcep a engagé un travail approfondi, que je soutiens pleinement.

J’appelle également les opérateurs commerciaux à participer à ces discussions de bonne foi, tout en préservant un principe auquel nous sommes collectivement attachés : celui d’une égalité tarifaire pour les Français sur l’ensemble du territoire.

Et lorsque des collectivités rencontrent des difficultés particulières de financement, les services de l’État — notamment l’ANCT — sont pleinement mobilisés pour examiner les solutions possibles.

Enfin, il est impossible de parler aujourd’hui de numérique sans parler de souveraineté.

Pendant longtemps, la souveraineté numérique relevait presque du conte abstrait : un sujet réservé à quelques experts, parfois perçu comme lointain.

Elle est désormais devenue une nécessité très concrète.

Notre première responsabilité est d’identifier nos dépendances.

C’est pourquoi j’ai lancé, aujourd’hui même, avec le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, l’observatoire de la souveraineté numérique. Un questionnaire est désormais accessible en ligne pour toutes les entreprises.

L’objectif est simple : identifier nos dépendances pour renforcer notre résilience collective.

Notre deuxième responsabilité est de soutenir l’émergence d’offres européennes solides.

Nous avons clarifié notre doctrine d’achats numériques avec une circulaire sur le « make or buy », afin de privilégier des solutions sûres, sécurisées et souveraines.

Nous renforçons également la protection des données sensibles.

La loi SREN impose désormais le recours à des solutions empêchant l’accès à certaines données critiques par des États étrangers, et un vademecum précise désormais les catégories de données les plus sensibles, qui devront être hébergées sur des solutions SecNumCloud.

Mais la souveraineté, ce n’est pas seulement protéger.

C’est aussi créer les conditions de marché permettant à nos acteurs européens de changer d’échelle.

Des travaux structurants sont en cours au niveau européen : je veux parler bien sûr de l’union des marchés des capitaux et du 28ème régime, qui devraient permettre de donner à nos licornes l’échelle européenne qui leur fait aujourd’hui défaut.

je défends aussi une véritable préférence européenne dans le numérique.

Fidèle à ma méthode, j’ai souhaité que cette réflexion se construise avec les fédérations professionnelles, les collectivités et l’ensemble des acteurs concernés.

C’est pourquoi nous avons lancé hier, sur le site de la DGE, une consultation afin de définir avec vous les critères les plus adaptés pour cette préférence européenne.

C’est sur la base de vos retours que nous porterons une proposition à Bruxelles, en vue de la publication du règlement sur le cloud et l’IA.

 

Enfin, défendre notre souveraineté, c’est aussi défendre nos valeurs.

Je pense notamment à la protection des mineurs en ligne, à la lutte contre les manipulations de l’information, aux ingérences étrangères amplifiées par certaines plateformes.

Je pense aussi au combat que nous avons mené avec succès au niveau européen pour interdire les deepfakes sexuels et les outils de « nudification » par intelligence artificielle.

Grâce à l’initiative portée par la France, cette interdiction est désormais actée dans l’accord trouvé entre le Parlement européen et le Conseil la semaine dernière.

Car le numérique ne peut pas devenir un espace où tout serait permis.

Il doit rester un espace de liberté, de confiance et de protection.

 

Mesdames et Messieurs,

Les contes et légendes parlent souvent de passages, de bifurcations, de mondes qui changent.

Depuis quarante ans, l’Avicca montre qu’aucun territoire ne doit rester au bord du chemin numérique.

Et je sais pouvoir compter sur vous pour écrire ensemble la suite de cette histoire numérique française.

Je vous remercie.